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Le recyclage, moteur de la transformation de l’Afrique

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Il est de notoriété publique que l’Afrique est dotée d’une multitude de talents humains, d’une nature riche en biodiversité et de riches gisements minéraux très variés qui servent le monde entier, ce qui en fait potentiellement le continent le plus riche de la planète. Cependant, il existe un domaine potentiel de création de richesse que nous avons tendance à négliger et que nous devons exploiter pour le bien de tous. Il s’agit là des déchets qui traînent dans les poubelles, les marchés, sur les routes et dans les décharges, où ils nuisent à la fois aux personnes et à la planète. Nous devons commencer à transformer nos déchets en opportunités qui préservent notre planète et créent des emplois. Le recyclage est la réponse.

En recyclant les matériaux qui peuvent être réutilisés ou réaffectés, nous pouvons les empêcher de nuire à notre environnement. Malheureusement, de nombreuses villes africaines sont encore aux prises avec des déchets qui jonchent les routes, les caniveaux et les zones industrielles. Les déchets collectés dans la plupart des foyers finissent dans les décharges, les rivières et les océans, nuisant aux plantes, aux animaux et finalement à la santé des humains. Nous devons investir dans la promotion du recyclage dans les foyers, les marchés, les centres commerciaux et les industries d’Afrique pour mettre un terme à cette situation et par ce biais générer des revenus.

Un recyclage efficace implique la collecte et le tri de bouteilles et de récipients en plastique ou en verre, y compris les bouchons utilisés pour les aliments, les boissons, les produits ménagers/scolaires/industriels/médicaux, les produits métalliques, le carton, etc. Il existe plusieurs façons de recycler, à savoir le recyclage ascendant, le recyclage descendant, le pré-recyclage et le recyclage électronique. Le recyclage ascendant consiste à donner de la valeur ajoutée aux matériaux jetés au rebut, pour créer des produits de plus grande valeur que les produits d’origine. Le recyclage descendant consiste à décomposer les produits en éléments et matériaux individuels qui à leur tour, peuvent être récupérés dans le but d’être réutilisés, ce qui donne généralement un produit de moindre valeur que l’original. Le pré-recyclage consiste à minimiser les déchets en évitant l’accumulation d’articles inutiles. Le recyclage électronique consiste à réutiliser ou à distribuer des équipements électriques pour un usage ultérieur, au lieu de les éliminer à la fin de leur cycle de vie. Par exemple, les ordinateurs et les téléphones portables qui sont encore opérationnels pourraient être offerts à des personnes ou à des organisations dans le besoin, qui sont en grand nombre en Afrique.

 

Le recyclage à grande échelle nous permettra de protéger les ressources naturelles de l’Afrique, de réduire la pollution, de conserver davantage d’énergie et de générer de nouvelles possibilités d’emploi et de revenus pour de nombreux Africains, comme dans d’autres pays. Par exemple, l’étude d’impact économique de 2021 de l’Institute of Scrap Recycling Industries (ISRI) a souligné les nombreux avantages de l’industrie du recyclage. Par exemple, l’industrie a contribué près de 117 milliards de dollars à l’économie américaine, avec plus de 506 000 emplois bien rémunérés soutenus directement et indirectement par le recyclage, et 35,70 milliards de dollars d’impact économique lié à l’exportation pour la seule année 2021. Imaginez les possibilités incommensurables qui s’offrent à des centaines de milliers, voire des millions, d’Africains lorsque nous exploiterons de manière concrète la richesse du recyclage.

Aujourd’hui, nous avons de jeunes entrepreneurs africains primés qui mettent en œuvre des solutions de recyclage pour leurs communautés. Par exemple, Thato Kgatlhanye et Rea Ngwane, originaires d’Afrique du Sud, ont fondé Repurpose Schoolbags en 2014. Leurs sacs d’école multifonctionnels sont fabriqués à partir de plastiques 100% recyclés. Leurs sacs sont munis d’un panneau solaire qui se recharge pendant la journée, lorsque l’enfant se rend à l’école à pied, et qui fournit par la suite de la lumière que les enfants peuvent utiliser pour étudier et faire leurs devoirs le soir. Les sacs sont nantis de bandes fluorescentes pour la sécurité, afin que les enfants soient bien visibles lorsqu’ils se rendent à l’école le matin. Le groupe collecte les plastiques dans les décharges et les écoles locales qui mènent des campagnes encourageant les élèves à apporter des plastiques à l’école pour les recycler. Les plastiques sont ensuite acheminés vers leur atelier, où ils sont transformés en textiles, cousus en sacs, puis distribués. Ils produisent environ 20 sacs par jour.

Au Nigeria, Bilikiss Adebiyi-Abiola et ses cofondateurs ont lancé WeCyclers en 2012, en utilisant des vélos cargos à bas prix pour fournir des services pratiques de collecte des déchets aux ménages du pays. Ayant grandi dans la ville la plus peuplée d’Afrique, Lagos, Bilikiss a vu de ses propres yeux le défi et les menaces que représente une mauvaise gestion des déchets. C’est ce qui l’a incitée à créer une entreprise offrant des services de collecte des déchets, en particulier dans les quartiers défavorisés où la préservation de l’environnement est aussi une opportunité pour les communautés de gagner de l’argent avec leurs déchets. Aujourd’hui, WeCyclers mobilise les familles pour collecter les bouteilles en plastique, les sachets en plastique et les canettes en aluminium, qui sont rassemblés, mesurés en fonction de leur poids et collectés certains jours de la semaine. Les familles sont encouragées par des points envoyés directement sur leur téléphone portable pour chaque kilogramme de matériaux fournis à titre de motivation (comme du crédit d’appel pour leurs téléphones, des produits alimentaires de première nécessité et des articles ménagers). Wecyclers combine tous les matériaux collectés et les vend à des entreprises locales de recyclage, comblant ainsi le fossé entre les entreprises de recyclage et les communautés qui fournissent les déchets comme matière première.

Au Sénégal, Yaye Souadou Fall a fondé E-Cover, qui réutilise et recycle les pneus en produits de valeur tels que des semelles de chaussures, des carreaux et des tapis de sol, pour n’en citer que quelques-uns. Après avoir constaté que les pneus et les plastiques étaient éparpillés de part et d’autre dans sa communauté, Yaye a eu l’idée de lancer cette entreprise pour apporter une solution à ce problème. En recyclant de manière écologique, E-Cover s’efforce d’atténuer la mauvaise gestion des déchets en proposant des produits commercialisables.

En Ouganda, Andrew Mupuya avait moins de 16 ans lorsqu’il a fondé Youth Entrepreneurial Link Investments (YELI). À l’époque, le gouvernement ougandais avait annoncé son intention d’interdire l’usage des sacs en plastique. Inspiré par cette politique, Andrew a commencé à collecter des bouteilles en plastique et des sacs en plastique déjà utilisés, qu’il a vendus à des magasins de détail et à des usines de recyclage pour gagner sa vie et soutenir sa famille. Constatant que la demande de sacs en plastique avait diminué et que les entreprises cherchaient des sacs d’emballage alternatifs, il a saisi l’occasion pour produire des sacs en papier.  Malgré de nombreux défis, notamment en matière de capital, YELI a connu une croissance exponentielle, fabriquant plus de 20 000 sacs en papier par semaine et employant plus de 20 personnes pour servir des dizaines de clients, notamment des restaurants, des magasins de vente au détail, des centres médicaux et des multinationales comme Samsung. En 2012, il a reçu le prix Anzisha de 30 000 dollars, une récompense prestigieuse décernée aux jeunes entrepreneurs africains qui ont développé et mis en œuvre des solutions innovantes à des défis sociaux ou lancé des entreprises prospères au sein de leur communauté.

De nombreux autres jeunes Africains créent des produits innovants à partir de déchets de tous les jours, fournissant ainsi des emplois à des milliers de personnes sur tout le continent et protégeant l’environnement par la même occasion. Comme le dit Andrew Mupuya, tout commence avec vous !

La gestion des déchets est un intérêt public essentiel et urgent. Les gouvernements africains doivent veiller à ce que cette opportunité de création de richesses soit pleinement exploitée. Nous avons besoin de politiques nationales rendant le recyclage obligatoire et le faisant respecter comme indispensable. Nous devons également investir dans les infrastructures et les compétences nécessaires pour construire et développer l’industrie du recyclage et encourager les citoyens à adopter le recyclage.

Levons-nous pour créer plus d’opportunités et sauver notre planète en valorisant les déchets.

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